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UNE FORET DE MOTS par George Orrimbe

 A l’occasion de la manifestation « Arbres, Artistes, Jardins » du Musée du Vivant - AgroParisTech et dans le cadre de l’opération nationale des Rendez-vous aux jardins 2013, une installation artistique est présentée dans la bibliothèque historique de la rue Claude Bernard ouverte pour l’occasion au public (31 mai, 1er juin, 2 juin)

Quelques éléments pour apprécier le travail de cet artiste singulier dont Jacques Berne disait en 1998 qu’il transfigurait « tous les arbres du monde en une langue d’arc-en-ciel – ou presque ». Beau programme…

L’OuPeinPo

L’OuPeinPo ou Ouvroir de Peinture Potentielle, auquel appartient George Orrimbe, est un groupe d’artistes fondé en 1964 sur le modèle de l’OuLiPo. Cet OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle) fut créé en 1960 par Raymond Queneau et François Le Lionnais. Il avait comme ambition de réunir des écrivains et des scientifiques pour produire des œuvres sous une contrainte choisie. Ses membres les plus fameux furent Marcel Duchamp, Italo Calvino ou Georges Perec. Ce dernier réalisa ainsi un roman resté fameux puisqu’il était écrit sans l’usage de la voyelle « e », qui est pourtant la plus commune en langue française.

Les œuvres de George Orrimbe sont ainsi réalisées sous contrainte, comme d’ailleurs son nom d’artiste né d’un double hommage. George Eric (le Eric n’apparaît pas toujours) de George Orwell dont le vrai nom était Eric Blair. Ensuite, « Or » pour Orwell et « rimbe » de Rimbaud, dont le surnom était Rimbe.

Orrimbe sous la contrainte

George Orrimbe exerça la profession d’ingénieur. Parallèlement, en 1975-76, il démarra une production artistique contrainte de sculpteur et peintre. Son principe de base : appliquer le code des couleurs choisies par Arthur Rimbaud dans son célèbre poème « Voyelles ». Il le modifie sur un point en transformant le blanc (qui n’est pas une couleur) en jaune.

La couleur est déduite de la première voyelle du mot et les phrases sont ainsi transposées. Le travail sous contrainte de George Orrimbe préexiste donc de longue date à son entrée à l’OuPeinPo, qui advient en 2007. 

Maquette_triptyque

Orrimbe dans la forêt

L’installation artistique « Une forêt de mots » a été créée spécifiquement pour l’opération « Arbres, Artistes, Jardins » du Musée du Vivant en 2013. Elle consiste dans la création d’arbres tirés de 24 langues des 5 continents.

Comment a procédé Orrimbe ? Il œuvre à partir des termes qui décrivent les différentes parties d’un arbre : racine, tronc, écorce, branche, rameau, feuille, fleur, fruit. Ces termes sont traduits dans 24 langues du monde entier (pour ses travaux, il en utilise davantage encore), comme les 24 heures d’une journée.

A partir de ces termes dans les 24 langues européennes (espagnol, latin, portugais, tchèque, allemand…) et extra-européennes (urdu, vietnamien, swahili, cri, khmer, quechua, lifou ou makere), il déduit une forme qui dépend du nombre de voyelles du mot correspondant à la partie de l’arbre ( 1 voyelle : un rond, 2 voyelles : un rectangle, 3 voyelles : un triangle, 4 voyelles : un carré, 5 voyelles : une étoile, 6 voyelles : un hexagone...).

Pour les couleurs, il suit son principe rimbaldien ancien en appliquant la couleur de la première voyelle du mot. Et son puzzle s’agence en suivant la position (racine, tronc…) des arbres naturels.

L’ensemble est nommé par lui méthode vocalo-coloriste.

Un message universaliste

Le travail de George Orrimbe pourrait juste apparaître au spectateur comme un amusant passe-temps. Il va plus loin en fait pour deux raisons. D’abord, l’imbrication de ces langues est une manière de sauter les frontières et dépasser les conflits dans une forme d’écologie culturelle : notre diversité terrestre est notre patrimoine commun. Voilà un message puissant, un message de défense des diversités mais dans la conscience d’une solidarité terrestre indispensable et logique.

La seconde raison, dont nous laissons l’appréciation au visiteur qui se promène dans cette « forêt de mots », c’est la poésie d’un travail, partant d’une contrainte pour ouvrir les portes de nos imaginaires.

► Pour en savoir plus : voir le tableau des mots de la forêt